[Journal des WSOP — 11 juin] ElkY Superstar – Poker52

A chaque édition des WSOP, des fantômes du passé réapparaissent autour des tables. Comme si l’importance du moment, l’attraction de l’endroit, faisait fi de toutes les disparitions. Longtemps, des joueurs broke avérés, comme TJ Cloutier ou les cohortes de grinders américains, surgissaient de nulle part en railbirds au début de chaque été à Las Vegas, tentant de gratter un peu de stacking, de brûler quelques jetons dans les tournois quotidiens et les satellites pour s’offrir, une fois encore, une part de rêve, et une bonne dose de déception.

Au-delà de cette galerie de zombies des couloirs du Rio —qui ont assurément traversé le Strip pour arpenter lentement, l’oeil avisé quant aux pigeons potentiels, les couloirs du Bally’s et du Paris—, toute une cohorte de joueurs professionnels d’un autre temps fait également le déplacement. Ces hommes (et de très rares femmes) ont été des pionniers de toutes les salles et toutes les compétitions. Ils ont joué à Londres dès les années 1970, ont usé les sièges du Dunes en compagnie de Chip Reese et Doyle Brunson, ont perdu des milliers de dollars lors des premières éditions des WSOP gagnées par Amarillo Slim ou Stu Ungar. Ils ont connu les affres de la part, les cash-games durant des jours et des nuits sans discontinuité, décroché souvent un ou plusieurs bracelets WSOP, fait les belles heures du poker télévisé lors du premier boom pré-Moneymaker, ont fait des investissements dans l’industrie du poker (parfois à escient, parfois à pure perte), et auraient pu depuis longtemps arrêter. Mais un joueur ne meurt jamais : une chaise, une table, quelques jetons, et les voilà repartis.

Cette année, alors que les WSOP ont commencé depuis seulement une semaine, ce sont deux septuagénaires qui ont fait, discrètement parler d’eux. On a, en tout cas, vu apparaître leurs noms dans les chipcounts de plusieurs tournois, puis dans les lignes des places payées. Deux figures presque disparues de l’histoire du poker moderne, qui n’ont jamais raccroché les gants, sans pour autant squatter les sponsors ni faire des étincelles en ligne ou dans les cash-game télévisés tels que High Stakes Poker ou Poker After Dark. Le premier, avec ses bacchantes blanches, a gardé un palmarès éloquent sur HendonMob : Steve Zolotow, 77 ans au compteur, a trimballé sa décontraction naturelle jusqu’à la 5ème place d’un freezeout à 2500$ remporté par Scott Seiver. Pour sa peine, Zolotow, toujours sharp, a rajouté 100 000$ à sa bankroll de vieux shark aux quelques 3 millions de gains. 40 ans à participer aux WSOP, et toujours trouver l’énergie du grind, le plaisir de la compétition et de la survie dans des fields massifs.

Le second, c’est Mel Judah. L’Australien, né en Inde, ancien coiffeur qui affirmait, au plus haut de sa carrière que « ce métier l’avait aidé à écouter et analyser ses contemporains », a fait sa première table finale des WSOP 2022 dans un Omaha Hi-Lo à 1500$. 25 000$ à la gagne et toujours la même affabilité à table, le même naturel dans son jeu, la même décontraction dans la perte ou dans la victoire. Si Zolotow avait été une figure du club Mayfair, à New York, qui a formé des générations de joueurs ultra-brillants (dont, le plus résistant, Erik Seidel), Judah a toujours continué le poker jusqu’à aujourd’hui (74 ans) de manière plus dilettante, parfois directeur de tournoi, parfois conseiller technique de salles de poker. Contrairement à d’autres grands noms quasi oubliés tels que Barry Greenstein (lui aussi auteur de place payée depuis le début de cette série WSOP 2022), Judah a peu fréquenté les très hauts cash-game. Depuis plus de cinquante ans, il a vécu pour jouer, dans cet infra-monde peu médiatisé des joueurs-nés.

Author: blogadmin

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